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Dirigeants de TPE-PME candidats au burn out ?

29-06-2016

Le burn out menace-t-il plus directement les patrons de TPE ou de PME ? Quels sont les signaux d’alerte à surveiller pour éviter le pire ? Comment se remettre sur pied après une dépression professionnelle ? L’interview croisée de deux spécialistes de la petite entreprise : Nathalie Vallet-Renart, dirigeante de la société d’accompagnement en RH Aldhafera et elle-même victime d’un burn out, et Bruno Delcampe, fondateur de SOS Entrepreneur.

 

Dirigeants de TPE-PME : Pensez-vous qu’ils sont une population à risque ?

Bruno Delcampe : Oui car ils sont souvent seuls et ne peuvent livrer leurs doutes, interrogations ou problèmes à personne : ni leurs fournisseurs, ni leurs clients, encore moins leurs banquiers et parfois même pas à leur famille. L’isolement est terrible ; il place les dirigeants dans des situations de stress absolu. Pour qu’ils se ressaisissent, je leur conseille souvent de prendre rendez-vous avec leur médecin de famille.

Nathalie Vallet-Renart : Pour un patron, l’équation de base c’est : performance = argent = développement = pérennité de l’entreprise. Du coup, il ne s’octroie pas le droit de faillir et se sent charge d’âmes… La pression énorme qui pèse sur ses épaules l’oblige à se forger une sorte d’invincibilité, qui peut se retourner contre lui.
Bruno Delcampe : 95 % des dirigeants de TPE pensent en effet qu’ils ne peuvent pas s’arrêter… Ils ne s’aperçoivent pas qu’ils deviennent des zombies aux plans social et familial.

Burn out : Quels sont les symptômes d’alerte ?

Nathalie Vallet-Renart : Face au burn out, le principe de déni est évident. On n’entend pas les signes, on reste bloqué sur ses urgences, ses impératifs. Les alertes sont pourtant nombreuses : modification de l’appétit à la baisse ou à la hausse, hypersensiblité, réactions agressives, désociabilisation, tendance à élargir le temps de présence au bureau… Personnellement, je n’ai rien voulu voir venir et un jour, je n’ai plus pu ouvrir mon ordinateur et répondre au téléphone. Je suis restée 9 jours en état végétatif, sans rien faire, sans contact avec l’extérieur. J’ai appris que nous ne sommes pas invincibles et que nous pouvons tous être confrontés à des périodes de grande vulnérabilité.

Bruno Delcampe : Le burn out renvoie en effet à une tétanie psychologique. Lorsqu’on a plus envie de dire « bonjour », de parler à ses collaborateurs, de sortir à l’heure du repas ou que l’on passe son temps à fuir ses responsabilités et qu’on ne sait plus prendre de décisions, il faut avoir la sagesse de se poser pour réfléchir.

Burn out : peut-on se prémunir contre le risque ?

Nathalie Vallet-Renart : Je pense qu’il convient en premier lieu de revisiter le mot « urgence » en entreprise, qui n’a plus de sens aujourd’hui. Ce n’est pas « urgent », c’est « à faire ». Depuis mon burn out, j’ai appris à changer mes comportements : je ne travaille plus le soir ou le week-end, je m’écoute, je lâche prise si je sens que je ne peux pas assumer. Mais pour cela, il faut accepter de pousser loin sa réflexion personnelle sur ses choix de vie, ses besoins, sa relation à l’argent, à son entreprise… Le questionnement est salutaire mais il est inconfortable. In fine, le patron doit accepter sa fragilité comme une force ; il est d’ailleurs souvent salvateur de révéler son humanité. Tout en sachant qu’il peut aussi trouver des solutions temporaires comme s’adjoindre les services d’un binôme pour gérer son entreprise.

Bruno Delcampe : Je pense aussi qu’il faut casser l’omerta sur ce sujet et ouvrir des espaces de discussion. Je rencontre des dirigeants qui n’osent pas s’exprimer, ont l’impression d’être faibles ou inefficaces s’ils évoquent leurs doutes. C’est pourtant dans le dialogue que l’on redonne du sens et du discernement et que les choses finissent par s’améliorer.

Dépression professionnelle : Existe-t-il des solutions pour protéger ses collaborateurs ?

Nathalie Vallet-Renart : Les entreprises gagneraient à réfléchir à la manière de rendre un espace de liberté à chacun. Dans les PME, il faut aussi rouvrir des espaces de travail collaboratif. Dans des situations de fragilité, cela permet de réfléchir à plusieurs, d’aborder les problèmes en commun et de construire des solutions satisfaisantes à tous les niveaux. Libérer la parole, donner droit de citer à nos doutes, nos fragilités, c’est partager une humanité qui rend plus fort.